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Partie I · Contrôle MMT / CMM · Chapitre 26

Stratégie de mesure Measurement strategy

Le logiciel calcule juste, sur les points qu’on lui donne. Si ces points sont trop rares, mal placés, faussés par le stylet ou par la température, le résultat est faux et rien ne le signale. La stratégie de mesure décide de ce que la machine voit.

Publié · version 1.0 · 17 octobre 2026. Validé par l’éditeur : 15 valeurs recalculées à chaque construction, liens et cohérence vérifiés. Pour une décision contractuelle, la règle se lit dans le texte de la norme.

Niveau de lecture

Identifiant ch26Version 1.0Publié le 17 octobre 2026Validation : éditeur

Étapes de la chaîne traitées par ce chapitre : Pièce réelle, Stratégie, CMM / MMT.

Sur cette page

Un calcul juste, un résultat trompeur

Un alésage à trois lobes de 0,010 d’amplitude : sa circularité vraie vaut 0,020. Relevé en quatre points à 90°, il paraît parfait. Les quatre points sont exactement sur un cercle : circularité lue 0,000, diamètre juste. Mais ce cercle n’est pas à sa place. Son centre est déplacé de 0,010, de quoi fausser une localisation de Ø0,020. Le logiciel n’a commis aucune erreur.

Figure 26.1Ce que voient N pointsSchéma de principe, pas à l’échelle

Part d’un défaut de circularité vue au pire cas, en %

Part d’un défaut de circularité vue au pire cas, en %
Nombre de lobes du défaut
Points2345678
40000000
590900009090
67507500075
795959595000
871920927100
99775979775970
1198989898989898
128771759709775
1399999999999999
169298719892980
2497928799719975
369897971008710097

Points équidistants sur un tour ; écart lu autour du cercle des moindres carrés. Pire cas : selon l’endroit où tombe le premier point.

Quatre points, trois lobes

Quatre points sur un contour à trois lobesLes quatre points tombent sur un cercle décalé de 0,010 : circularité lue nulle, vraie 0,020.Circularité lue : 0,000vraie : 0,020Centre déplacé de 0,010Diamètre : juste

Légende : Élément réelPalpage

Figure 26.1. Vert : 90 % et plus du défaut est vu, même au pire. Orange : de 50 à 89 %. Rouge : moins de 50 %. Calcul sur un contour dont le défaut n’a qu’un seul nombre de lobes.
Hypothèses et unités de la figure
Calcul
Pour chaque cas : contour à k lobes, N points équidistants, phase balayée sur 360° ; écart lu autour du cercle des moindres carrés rapporté au défaut vrai (fonction partVueLobes, testée). Les 84 cases redonnent le tableau publié.
Statut
Graphique : recomposé. Technique : validé (v1.0).

Le tableau se lit par ligne. Quatre points ne voient rien d’un défaut à trois, quatre ou cinq lobes. Sept points voient au moins 95 % d’un défaut de deux à cinq lobes, et rien d’un défaut à six, sept ou huit lobes. Douze points font moins bien que onze : 71 % seulement sur trois lobes, parfois rien sur six. Avec six points sur trois lobes, tout dépend de l’endroit où tombe le premier : de 0 à 100 %.

Bonne pratique métrologiqueConseil issu de la pratique, non normatif

Nombres premiers. À nombre de points voisin, un nombre premier ne retombe pas sur le pas du défaut : onze points voient au moins 98 % de tout défaut de deux à huit lobes, treize points 99 %. Un défaut dont le nombre de lobes vaut le nombre de points, à un près, reste invisible : il passe pour un décentrage ou pour un changement de diamètre.

Le guide n° 41 du NPL donne le même avertissement : six points régulièrement espacés sur un cercle à trois lobes peuvent ne rien voir du défaut.

Combien de points, et où

Deux façons de relever un élément. Par points isolés, single points : chaque point est sûr, mais la forme entre deux points reste inconnue. En balayage, scanning : le stylet suit la surface et relève des centaines de points par ligne. La forme est décrite, mais la vitesse devient un réglage : trop rapide, un balayage lisse les petits défauts et perd en exactitude dans les changements de direction.

Bonne pratique métrologique. Nombres de points du guide n° 41 du NPL, d’après la norme BS 7172.
ÉlémentMinimum mathématiqueMinimum recommandéRemarque
Droite25
Plan39Trois points donnent toujours une planéité nulle
Cercle37Trois points donnent toujours une circularité nulle
Sphère49
Cylindre512 à 15Plus de sections si l’axe compte ; plus de points par section si la circularité compte
Cône612 à 15

Ces nombres suffisent pour calculer l’élément : sa taille, sa position, son orientation. Pour lire sa forme, il en faut bien davantage : c’est le domaine du balayage (chapitres 9 à 12).

  1. Couvrir tout l’élément. Jusqu’aux bords, sur toute la longueur. Ce qui n’est pas palpé n’existe pas pour le logiciel.
  2. Casser la régularité. Un nombre de points premier ; un pas qui ne suit pas celui de l’usinage.
  3. Densifier jusqu’à stabilité. Ajouter des points tant que le résultat change.
  4. Soigner les références. Les relever sur toute leur étendue : une portée courte amplifie ses erreurs (chapitre 8).
  5. Se méfier de l’arc partiel. Plus l’arc relevé est court, plus le centre et le diamètre calculés sont incertains.
  6. Garder la vitesse de la qualification. Même vitesse et même direction d’approche que lors de la qualification du stylet.

Le stylet : bille, longueur, orientations

approfondi
Figure 26.2Trois effets du styletSchéma de principe, pas à l’échelle

La bille filtre les creux

La bille filtre les creuxDans une strie de 0,2 mm, une bille de Ø1 descend de 10,1 µm, une bille de Ø5 de 2,0 µm.bille Ø1descend de 10,1 µmbille Ø5descend de 2,0 µmStrie large de 0,2 mm (schéma hors échelle)

La flèche grandit comme L³

Flèche du styletMême tige sous 0,1 N : 0,5, 8,6 et 68,5 µm pour 20, 50 et 100 mm.0,5 µmL = 208,6 µmL = 5068,5 µmL = 100Tige en carbure Ø2, effort latéral 0,1 NLongueur × 2 : flèche × 8 ; × 5 : flèche × 125

La tige touche avant la bille

Contact sur la tigeLa tige touche le bord avant la bille : un point est enregistré, sans alarme.contact sur la tigela bille n’a pas touchéUn point est enregistré : aucune alarmeGarder de la longueur utile ;bille plus grosse que la tige

Légende : Non conforme

Figure 26.2. À gauche, la bille ne descend pas au fond d’une strie plus étroite qu’elle. Au centre, la même tige à trois longueurs, sous le même effort. À droite, la tige touche le bord avant la bille.
Hypothèses et unités de la figure
Calcul
Profondeur = d ÷ 2 − √((d ÷ 2)² − (w ÷ 2)²) ; flèche = F × L³ ÷ (3 × E × I), I = π × d⁴ ÷ 64, carbure E = 620 000 N/mm² (fonctions profondeurBille et flecheStylet, testées).
Statut
Graphique : redessiné. Technique : validé (v1.0).
Bille dans une strieprofondeur atteinte = d ÷ 2 − √((d ÷ 2)² − (w ÷ 2)²) ; d = 1, w = 0,2 : 0,5 − √(0,25 − 0,01) = 0,0101 mm
Tige encastréeflèche = F × L³ ÷ (3 × E × I), avec I = π × d⁴ ÷ 64 ; carbure : E = 620 000 N/mm² ; d = 2 : I = 0,785 mm⁴ ; L = 50, F = 0,1 N : 0,0086 mm

La qualification du stylet compense la flèche moyenne, tant que l’effort et la direction restent ceux de la qualification. Elle ne compense pas ses variations, qui grandissent comme la flèche : huit fois plus quand la longueur double.

Bonne pratique métrologique. Règles des guides n° 41 et n° 43 du NPL, et du guide des stylets de Renishaw.
ChoixEffetRègle d’usage
Diamètre de billeUne grosse bille filtre les creux étroits ; une petite bille impose une tige fine, donc soupleLa plus grosse bille possible, sauf si le défaut fin doit être lu
LongueurLa flèche varie comme le cube de la longueurCourt et rigide
Rallonges, articulationsChaque jonction peut ajouter de la souplesse et de l’hystérésisLe moins de pièces possible
OrientationsChacune a sa qualification, donc sa propre erreurUn élément et ses références sous la même orientation, si l’accès le permet
AccessibilitéBille qui n’atteint pas tout l’élément ; tige qui touche avant elleChanger de stylet ou de posage plutôt que mesurer une partie

Filtrer, écarter : jamais sans le dire

approfondi

Un balayage ramène, avec la forme, la rugosité, les vibrations et parfois une poussière. Le filtre passe-bas retire les ondulations courtes ; l’élimination des points aberrants, outliers, retire les points trop éloignés de l’élément associé. Les deux retirent de l’information.

Figure 26.3Le même tour, cinq résultatsSchéma de principe, pas à l’échelle

Circularité selon la coupure (µm)

Circularité selon la coupure du filtreProfil propre : 27,6 sans filtre, 27,2 à 500 UPR, 25,6 à 150, 23,2 à 50, 19,4 à 15. Avec la poussière : 31,8, 31,2, 27,4, 23,2 et 19,4.Sans filtre27,631,8500 UPR27,231,2150 UPR25,627,450 UPR23,223,215 UPR19,419,4profil propreavec la poussière

La poussière ajoute 4,2 µm au relevé brut ; à 50 ondulations par tour, elle a disparu du résultat.

Légende : ConformeNon conforme

Figure 26.3. Profil d’exemple. Une poussière de 15 µm est ajoutée à 120°. À 50 ondulations par tour, elle ne change plus le résultat.
Hypothèses et unités de la figure
Données
Valeurs calculées sur un profil d’exemple non publié : elles sont reprises, pas recalculées. Seule la différence 31,8 − 27,6 l’est.
Statut
Graphique : redessiné. Technique : validé (v1.0).

La pièce n’a pas changé : 27,6 µm sans filtre, 23,2 à 50 ondulations par tour, 19,4 à 15. La poussière ajoute 4,2 µm au relevé brut ; à 50 ondulations par tour, elle a disparu du résultat. Une bavure aurait disparu de même. Or la bavure appartient à la pièce.

Bonne pratique métrologiqueConseil issu de la pratique, non normatif

Le filtre gaussien. ISO 16610-21:2025 traite des filtres gaussiens de profil. Par construction, ce filtre laisse passer la moitié de l’amplitude à sa coupure : à 50 ondulations par tour, une ondulation de rang 45 ne passe qu’à 57 %, une de rang 20 à 90 %. Coupures usuelles : chapitre 11.

Recommandation MMTStratégie de mesure conseillée, non normative

Trois lignes à écrire dans la gamme et dans le rapport :

  • le filtre et sa coupure ;
  • la règle d’élimination des points, et le nombre de points écartés ;
  • le diamètre de la bille.

Un point aberrant se traite d’abord à la source : nettoyer, puis remesurer.

Température, propreté, stabilité

Exigence normativeISO 1:2022

20 °C. La température normale de référence pour la spécification des propriétés géométriques et dimensionnelles est fixée à 20 °C. Sauf indication contraire explicite, c’est la température de référence des propriétés géométriques et dimensionnelles d’une pièce (texte de la norme cité par une publication du NIST).

Rapporté d’après les sources publiques de la norme (registre N20) ; en cas de litige, le texte officiel fait foi.

Calcul 1 · Une cote de 300 mm mesurée à 23 °C

Données

L = 300. Pièce à 23 °C : 3 K de trop. Aluminium : α = 23,1 × 10⁻⁶ par kelvin ; acier : 11,5 × 10⁻⁶.

Formule

ΔL = α × L × ΔT

Substitution

23,1 × 10⁻⁶ × 300 × 3 ; 11,5 × 10⁻⁶ × 300 × 3

Résultat

0,021 aluminium ; 0,010 acier

La pièce paraît trop grande. La correction a ses limites : température connue à 0,5 °C près et α à 10 % près, il reste jusqu’à 0,006 sur l’aluminium.

Une pièce qui sort de l’usinage, ou qui a été tenue en main, n’est pas à 20 °C. La laisser se stabiliser près de la machine, ou mesurer sa température et corriger. Les règles de la machine se dilatent aussi : la correction doit porter sur les deux.

Bonne pratique métrologiqueConseil issu de la pratique, non normatif

Propreté. Une poussière de 20 µm a suffi, au chapitre 25, à réduire de 0,012 le diamètre du cercle inscrit. Nettoyer la pièce, la bille et la sphère de qualification.

Recommandation MMTStratégie de mesure conseillée, non normative

Stabilité. Remesurer en fin de programme un élément mesuré au début. S’il a changé, la pièce a bougé ou sa température a dérivé : tout ce qui a été mesuré entre les deux est à reprendre.

La répétabilité, juge de paix

Une stratégie se prouve en la refaisant. Cinq passes, la pièce démontée puis reposée à chaque fois, comme en production.

Figure 26.4Deux stratégies, cinq passesSchéma de principe, pas à l’échelle

Circularité d’un alésage, tolérance 0,04 : cinq passes, pièce reposée à chaque fois

Répétabilité de deux stratégiesStratégie A : de 0,008 à 0,022, étendue 0,014. Stratégie B : de 0,031 à 0,033, étendue 0,002.0,000,010,020,030,04t = 0,04A · 4 points par sectionpoints isolésétendue 0,01435 % de la toléranceB · un tour en balayagepoints serrésétendue 0,0025 % de la tolérance
Figure 26.4. Données d’exemple. Stratégie A : de 0,008 à 0,022, étendue 0,014 (35 % de la tolérance). Stratégie B : de 0,031 à 0,033, étendue 0,002 (5 %). A lit moins et répète mal : selon la passe, ses quatre points tombent ou non sur les lobes.
Hypothèses et unités de la figure
Données
Seules les valeurs extrêmes des cinq passes sont publiées : elles sont tracées, pas les passes intermédiaires.
Statut
Graphique : redessiné. Technique : validé (v1.0).

La stratégie A ne se contente pas de mal répéter : elle lit deux fois moins que B. Son étendue, 0,014, occupe 35 % de la tolérance. Le seuil admis pour cette étendue relève des règles de l’entreprise ou du client.

Attention

Répéter n’est pas mesurer juste. Sans démontage, la stratégie A redonnerait cinq fois presque la même valeur : ses quatre points retomberaient aux mêmes endroits. Une bonne répétabilité prouve qu’une stratégie est stable. Elle ne prouve pas qu’elle voit le défaut.

Seize réglages, seize erreurs à éviter

approfondi
Seize réglages, seize erreurs à éviter.
Réglage mal choisiCe qui se passeParadeVoir
Points isolésLa forme entre les points reste inconnue : un défaut disparaît, ou devient une erreur de positionSept points au moins sur un cercle ; en ajouter tant que le résultat change26.1, 26.2
BalayageLe stylet suit la surface en mouvement : bruit, effets de vitesseVitesse modérée et constante ; filtre choisi26.2
Répartition des pointsBords et fonds non vus ; pas régulier accordé au défautCouvrir tout l’élément ; casser la régularité26.2
Densité des pointsOndulations courtes non décritesPlusieurs points par ondulation à lireCh. 11
FiltrageUn défaut réel est lissé, ou le bruit passe pour un défautCoupure choisie d’après la fonction, et notée26.4
Points aberrantsUne poussière compte comme un défaut, ou une bavure est effacéeNettoyer, remesurer ; tracer toute suppression26.4
VitesseApproche différente de celle de la qualification ; défauts lissésMême vitesse qu’à la qualification du stylet26.2
Diamètre de billeTrop grosse, elle ne descend pas dans les creux ; trop petite, sa tige est fine et soupleLa plus grosse bille qui accède à l’élément26.3
Longueur du styletLa flèche varie comme le cube de la longueurLe stylet le plus court qui atteint l’élément26.3
OrientationsChaque orientation ajoute l’erreur de sa propre qualificationLe moins d’orientations possible, toutes qualifiées26.3
AccessibilitéÉlément mesuré en partie ; contact sur la tigeChanger de stylet ou de posage26.3
TempératureDilatation : 0,021 sur 300 mm d’aluminium à 23 °CStabiliser la pièce, ou corriger26.5
BridageLa pièce est déformée, ou elle glisseTenir sans déformerCh. 27
DéformationSous son poids ou sous l’effort de palpage, la pièce change de formeAppuis bien placés, effort faibleCh. 27
Stabilité de la pièceElle bouge pendant le cycle : tout ce qui suit est décaléRemesurer à la fin un élément du début26.5
RépétabilitéLe résultat change d’une passe à l’autre ; une seule passe ne dit rien de la dispersionCinq passes, pièce reposée à chaque fois26.6
À retenir
  • Le logiciel calcule juste sur les points qu’on lui donne : la stratégie décide de ce qu’il voit.
  • Points : couvrir l’élément, casser la régularité, densifier jusqu’à stabilité.
  • Stylet : court, rigide, bille aussi grosse que l’accès le permet, peu d’orientations.
  • Filtre et points écartés : choisis, justifiés, écrits.
  • 20 °C, pièce propre et stable. La répétabilité valide l’ensemble, pas la justesse.
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